Une protestation de Jeune
Roger Gaillard : “les blancs débarquent Premier écrasement du Cacoisme »
Pages 126 -128.
Or ce même 27 septembre 1915, un incident, un accident, allait cette fois à l’autre
bout de l’ile, opposer violemment deux jeunes Haïtiens et quelques « marines ». Cette
bataille, sanglante, se produisit à Jérémie, et en voici le récit.
« Un américain s’étant noyé près de la Grand-Anse, au « Bac » près du pont, une foule
considérable s’empressa de s’y rendre. Après des recherches, le cadavre fut retrouvé. Tandis
que le Dr Hodelin faisait exécuter les mouvements respiratoires au noyé, la foule l’entoura. -
De l’air ! de l’air !
Cette foule se dissipa sous la menace d’un américain et le docteur recommença
l’expérience. Mais comme on se regroupait à nouveau, les Américains bousculèrent tous
ceux qui se trouvaient à leur portée. Entre autres, Luc Siméon Joseph, un général Nazaire le
jeune VALCOURT MAUCLAIR. Ce dernier, orgueilleux, fier de ses 24 printemps, riposta.
Quatre américains se ruèrent sur lui. Le champion frappait dur, mais que peut un homme
contre quatre ?
« L’intervention du consul Saint-Charles Villedrouin, d’Antoine Kerlegrand, du général
Nazaire et de deux autres encore, finit par arracher le petit Hercule, tout roué de coups de
poing, des griffes endurcies des américains.
« La nouvelle parvint en ville comme une trainée de poudre. Lucien Mauclair, l’ainé, armé
d’une machette dissimulée dans son pantalon, escorte de ses amis, alla vers le cadet. Ils ne
se rencontrèrent point.
« Les Américains étaient alors à la basse-ville, près de la fontaine*, emportant le noyé, et
suivi par une foule considérable, quand, arrivés au Carrefour-Berquier, une détonation
retentit. Un Américain est atteint au bras. On court, on crie, on se bouscule, un vrai sauve
qui-peut. Américains et Haïtiens s’enfuient, hors d’haleine.
« Sept ou huit américains seulement étaient armes. L’un d’eux, un colosse, se trouvait
tout près de Lucien. Il voulut faire usage de son fusil. Mauclair le paralysa en voulant
s’emparer de l ;’arme ; la lutte devient âpre ; des coups de poing, coups de pied
s’échangèrent. Les adversaires tinrent bon, le fusil est l’enjeu. Quel sera le vainqueur ? car
les rivaux semblent être de force égale.
« Mauclair cependant affaibli, allait succomber. C’est alors qu’il tira sa machette, en
porta deux coups à l’américain, qui lâcha priser et demeura sur le carreau. Victor Laforest,
un ancien gibozien, fit quelques coups de feu en l’air, et acheva le désarroi.
« Les fuyards revinrent à la rescousse, ayant le capitaine Wise à leur tête. En manière de
représailles, Wise allait déchainer sa vengeance contre la basse-ville. Bien armes, au pas de
couse, ils s’acheminaient vers le lieu de l’affrontement. C’est l’Allemand Kehn, le
pharmacien si connu, stoïque et résolu, se plaça seul devant le peloton, et fit comprendre
au capitaine que le quartier de la basse-ville n’était pour rien dans ce regrettable incident,
qu’il s’agissait d’une affaire personnelle des frères Mauclair, les seuls responsables ».
Quelques jours après, la cour prévôtale, présidée par le colonel Cole, condamnait par
contumace Valcourt Mauclair aux travaux forcés à perpétuité, et Lucien Mauclair à mort » les
deux frères avaient en effet pris le maquis, Lucien emportant comme trophée la ceinture de
balles et le fusil du vaincu »
• Carrefour Berquier